Historique
Dès l’origine de la domestication, les chèvres ont accompagné les populations ; des gaulois aux romains, des sarrasins aux révoltes paysannes, la chèvre poitevines s’est enracinée dans les terres du pourtour du marais poitevin. Composée de plus de 55 000 têtes au début du XXᵉ siècle, une violente épidémie de fièvre aphteuse décime les populations en 1920. Les troupeaux sont reconstitués avec des souches prélevées dans les Alpes. Ainsi, au fil du temps, les troupeaux d’Alpin et Saanen se développent au détriment des Poitevins dont les effectifs n’ont cessé de diminuer.
Afin de redynamiser la race, l’Union des Coopératives de laiterie met en place un contrôle laitier pour améliorer ses performances dès 1947. Dans le même temps, un livre généalogique est ouvert et son standard est défini. Malgré tout, les effectifs continuent de régresser, le travail de sélection génétique, aidé par les lois de modernisation de 1962, favorise les races Alpines et Saanen, l’intensification et la spécialisation des systèmes de production laisse de côté la Poitevine.
Spécificités de la chèvre Poitevine
Production laitière
De manière paradoxale, les chèvres Poitevines ont été jusqu’en 1984 les plus fortes
laitières avec 587 litres produits par chèvre et par an, contre 481 et 526 litres
respectivement pour les chèvres Alpines et Saanen. Aujourd’hui, le travail de la sélection génétique réalisé depuis les années 60 sur ces deux races leur a permis de passer devant la production annuelle moyenne d’une Poitevine. Ce constat ne favorise donc pas l’adoption de la Poitevine dans certains élevages pour des raisons de rentabilité économique, d’autant plus que la Poitevine est tardive comme le montre le tableau ci-dessous.
Source : France Contrôle Laitier, résultats au Contrôle Laitier Officiel 2010 – Résultats collectés avec le soutien financier du PITE Marais Poitevin.
Composition de son lait
L’un des plus grands atouts de cette chèvre est sans aucun doute la richesse exceptionnelle de son lait en extrait sec, c’est-à-dire la matière azotée servant à faire le fromage. En 1994, des travaux de l’INRA ont montré que la fréquence d’allèles forts et moyens exprimant la synthèse de caséine αS1 ne dépasse pas 54% chez les deux races communément utilisées en France alors qu’elle est de 85% chez la chèvre Poitevine. De plus, le variant B, dominant chez la Poitevine, est l’allèle originel des ancêtres des chèvres européennes. Cet élément confirme la primitivité de la race qui serait la dernière représentante d’un type indigène commun – Grosclaude et al., 1994.
Toujours dans la même étude, les conclusions indiquent que les laits riches en allèles forts présentent des taux butyreux et protéiques plus élevés, et de bien meilleures aptitudes à la coagulation, ce qui améliore la transformation ainsi que les rendements fromagers. Cette caractéristique permet d’obtenir des fromages de qualité organoleptiques qui lui sont toutes particulières.
Tout ceci explique l’expression bien souvent allouée à la chèvre Poitevine : C’est avec la meilleure chèvre que l’on fait les meilleurs fromages !